Analytics

Affichage des articles dont le libellé est Photographie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Photographie. Afficher tous les articles

dimanche 11 mars 2018

Sally Mann, un journal intime photographique



Sally Mann s’est fait connaître par son second livre « Immédiate Family » (1984-1992) qui souleva rapidement une polémique qui lui reprochait son exhibitionnisme à l’égard de sa famille, en particulier ses enfants et lui prêtait des intentions ambiguës relativement à ses images de nudités juvéniles qui parfois miment les attitudes adultes dans des poses volontairement provocantes, considérées par certains comme inappropriées. Il s’agit bien plus, évidemment, d’une question de codes culturels et dans certains cas de relents puritanistes.

sally-mann,photography,christies,auction,collodion,pictorialism

Quant à Sally Mann, elle a déclaré a de multiples reprises que ces scènes photographiques n’avaient pas de caractère autobiographique ou intime, qu’elles prétendaient à une forme d’universalité abordant la réflexion sur l’adolescence, l’enfance, la perte de l'innocence et le regard d’un adulte, en l’occurrence leur mère, observant, dans le « souci » de l’autre, le basculement du jeu vers l’entrée dans l’âge adulte. On peut supposer que la question est plus complexe, les artistes brouillent souvent les pistes concernant leur travail que ce soit de bonne ou mauvaise foi.

sally-mann,photography,pictorialism,virginia,immediate-family

Néanmoins, quand on considère le parcours universitaire de Sally Mann qui a étudié la photographie et la littérature au Summa Cum Laude, Hollins College, qu’on la lise ou l’écoute dans ses interviews, on constate que si elle n’intellectualise pas nécessairement, il n’en demeure pas moins que son travail est très marqué par le récit et la littérature qui accompagne ses photos comme elle inspire ses compositions. Les photographies de Sally Mann fonctionnent souvent comme des aphorismes, voire des allégories, sur la Nature et l’union ou la séparation d’avec elle. Dés lors le procès sur l’éventuelle « perversité » de ses images ne tient plus et oriente l’interprétation vers une vision très proche de la philosophie américaine, dans sa version transcendantaliste et romantique, de l’osmose avec la Nature, dont la nudité est une forme de manifestation[...]

En savoir plus 


Source : artefields.net

lundi 20 juin 2016

ARAKI | Une mythologie de l'intime.


NOBUYOSHI ARAKI 

Une mythologie personnelle et apocryphe.



Araki.

“La photographie est en fait une parodie du monde. C’est une parodie du je.” -Nobuyoshi Araki.

nobuyoshi-araki, exhibition, solo-show, museum, guimet, photography, nude, japan, erotism, paris, 2016
©Nobuyoshi Araki.

On ne sait pas si Araki est un machiste, un réel érotomane, ou un habile metteur en scène d’une mythologie personnelle.

nobuyoshi-araki, exhibition, solo-show, museum, guimet, photography, nude, japan, erotism, paris, 2016
©Nobuyoshi Araki.


nobuyoshi-araki, exhibition, solo-show, museum, guimet, photography, nude, japan, erotism, paris, 2016
©Nobuyoshi Araki.
Il faut évidemment renoncer à la disjonction et accepter le tout de ces positions plus ou moins contradictoires, tout du moins dans le monde conceptuel. Car c’est certainement là que gît la clé. La vie n’est pas logique. Et Araki est un maître quand il s’agit de saisir avec espièglerie l’entremêlement confus et énergisant de la mort et la vie, de la dissimulation et la sincérité. D’autant plus que pour Araki la photographie est une fiction, un récit propre à développer son autofiction paradoxale car chez lui le récit est en porte-à-faux permanent avec lui-même.

Il est par exemple bien possible que ces femmes ficelées soient chosifiées, mais ce n’est pas ce qu’on ressent en observant attentivement la plupart des clichés d’Araki. Ces femmes ne sont pas lascives et vous regardent sans exprimer quoique ce soit. Plutôt impénétrables, elles restent elles-mêmes. Offertes à notre regard. Ce qui leur octroie une présence aussi insondable que notre incapacité à leur donner une intention précise. De même D’ailleurs, la plastique presque baroque des compositions (en studio) est aplatie par un éclairage frontal et sans apprêt. Du coup on observe bien certains détails, mais ces femmes demeurent insaisissables, lisses jusqu’au pubis si graphique (Araki les retouche en post-production) qu’il en perd sa connotation sexuelle.

nobuyoshi-araki, exhibition, solo-show, museum, guimet, photography, nude, japan, erotism, paris, 2016
©Nobuyoshi Araki.
Ces photographies de « bondage », ces « Kinbaku » sont des paradoxes savamment agencés, bien qu’une fois le décor planté Araki travaille dans la plus grande improvisation. Autant les séries « Voyage Sentimental » et « voyage d’hiver » qui narrent l’approche de la mort de la femme d’Araki sont fortement marqués par le pathos, autant les femmes suspendues sont abstraites sans qu’il y ait pourtant de formalisme dans la composition et le traitement des épreuves. Le paradoxe persiste, car aussi distanciés que soient ces nus sans réelle sensualité, le regard des modèles est saisissant d’intensité. C’est le propre des grands photographes de savoir capter instinctivement l’instant où quelque chose vibre. Le comble est que ces femmes réifiées en apparence ne manquent pas d’aplomb et échappent ainsi au voyeurisme d’Araki, comme à celui du regardeur. Le jeu s’est installé et il est réciproque. Araki semble donc avoir noué une telle complicité avec les modèles, (qui se bousculent innombrables au casting), qu’ils s’offrent en étant là tout simplement dans des jeux sexuels dont finalement le modèle/objet devient le pivot autour duquel Araki gravite. Finalement des grands clichés en couleur de « Kinbaku » on ne se souviendra que du noir des yeux et des pubis soigneusement « peignés ».

nobuyoshi-araki, exhibition, solo-show, museum, guimet, photography, nude, japan, erotism, paris, 2016
©Nobuyoshi Araki.
Cependant un des légers reproches que l’on puisse faire à cette exposition au musée Guimet est d’être un peu trop lisse, trop “arty”. On ne voit pas ou peu ou mal (vitrine de Polaroïds étalés pêle-mêle et trop éloignés du regard, etc.) tous les clichés festifs, presque puérils, potaches et salaces, voire un peu “beaufs” des années 70 à 90. Dans ces séries Araki faisait mine de témoigner de la vie nocturne à Tokyo. Il publiait pour Playboy Japon et réalisait des reportages sur le monde de la production pornographique. Mais il s’empressait dans le même temps de brouiller les pistes par des datations fantaisistes ou en mêlant ces instantanés de soirées avinées avec de parfaites mises en scène en studio entouré d’une pléthore d’assistants et dans des décors montés de toute pièce.

Il ne faut donc pas, comme le photographe lui-même, être trop naïf avec ces « fragments de vie ». Araki est un pitre, un clown tragique, parfois sincère, toujours voyeur et qui même lorsqu’il joue à nous abuser ne s’en cache pas. D’ailleurs, les mises en page des publications d’Araki sont parlantes à ce sujet, en effet elles fonctionnent fréquemment par collisions, disruptions spatiales et temporelles, quand on se ne rapproche pas quelques fois du collage surréaliste. Pour Araki ce désordre exprime au fond une forme de désespoir au pied léger.

nobuyoshi-araki, exhibition, solo-show, museum, guimet, photography, nude, japan, erotism, paris, 2016
©Nobuyoshi Araki.
Enfin, hormis la série autour de sa femme, une autre série photographique donne un éclairage plus profond et presque “romantique” du travail d’Araki. Il s’agit de tous les clichés de sa “muse” Kaori Endo où la gravité muette et juvénile du modèle imprègne l’image d’un caractère tragique. Ici on ne “rigole” plus, l’impermanence de la jeunesse, de la pureté, de la vie semblent marquer chacune des photographies.

Il faut donc se méfier un peu de la machine médiatique bien rodée qu’est Araki, (il a publié plus de 450 livres au Japon), tout en ne boudant pas le talent du photographe qui a su rendre l’esthétique de la vie imprégnée de mort, de sexe, de futilité, de profondeur, d’impermanence et d’inconséquence, tout ceci dans une confusion inextricable.

Araki semble très intime avec cette proximité de la mort/impermanence en toute chose, c’est l’extraordinaire force de son travail.



nobuyoshi-araki, exhibition, solo-show, museum, guimet, photography, nude, japan, erotism, paris, 2016
©Nobuyoshi Araki.



nobuyoshi-araki, exhibition, solo-show, museum, guimet, photography, nude, japan, erotism, paris, 2016
©Nobuyoshi Araki.



nobuyoshi-araki, exhibition, solo-show, museum, guimet, photography, nude, japan, erotism, paris, 2016
©Nobuyoshi Araki.


NOBUYOSHI ARAKI | Araki.

Musée Guimet.
Du 13 avril au 5 septembre, 2016.



Voir aussi:


Ren Hang, morphologie de l’amour.

Carla Van De Puttelaar.

Francesca Woodman

Thomas Ruff.




lundi 13 juin 2016

La boite de Pandore au MaM !



LA PHOTOGRAPHIE et Pandora, ornée de tous les dons.




man-ray, mam, exhibition, la-boite-de-pandore, pandora, photography, 2016, paris, france, jan-dibbets
©Man Ray. Courtesy MaM.


L’objet de cette exposition au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris est selon le communiqué de presse la photographie dans la perspective de la photographie plasticienne mais aussi en tant qu’outil technologique. On va donc du daguerréotype à l’extrapolation en 3D en passant par la microphotographie l’étude du mouvement par Muybridge et les expérimentations surréalistes.

eadweard-muybridge, mam, exhibition, la-boite-de-pandore, pandora, photography, 2016, paris, france, jan-dibbets
©Eadweard Muybridge.
Un parcours intéressant au parti pris marqué et assumé mais qui fait du coup l’impasse sur bien des aspects de la photographie. En effet, la boite de Pandore qu’a ouverte la photographie n’est pas seulement celle de la fin de l’illusionnisme ou de l’authenticité ou encore de l’objectivité de l’outil.

On regrette donc un grand absent: l’image rhizomique, c’est à dire celle des réseaux sociaux qui tout en donnant une place inouïe à la photographie l’annule partiellement en l’absorbant dans l’image dématérialisée comme narration, autofiction, et signe adressé à une tribu, une communauté ou le « monde » « virtualisé ».

L’image photographique partagée/manipulée/recrée de toute pièce/sans auteur avéré est devenue si prédominante qu’on aurait aimé voir cet ultime fruit de la boite de Pandore. Mais en considération de la perspective adoptée on ne peut en faire reproche à Jan Dibbets, le commissaire de cette exposition.

Néanmoins, en parcourant cette proposition muséale on peut se demander si la photographie en tant que telle n’est pas morte. Ou doit on proclamer : « la photographie est morte vive la photographie »? En effet, l’image photographique n’est plus guère l’expérimentation du médium pour lui même. On serait tenter de dire que le téléphone connecté au capteur photographique surpuissant en a fait plutôt un outil visuel de narration. La photographie est devenue ouvertement productrice de signes, c’est maintenant un outil d’échange de signes de reconnaissance très souvent équivoques car polysémiques.

etienne-leopold-trouvelot, exhibition, la-boite-de-pandore, pandora, photography, 2016, paris, france, jan-dibbets
©Etienne Léopold Trouvelot.
L’objet de la “photo” n’est donc plus tant le réel qu’un système sémiotique, (umwelt), où se mêle captation réelle et réappropriations sans signature. Le référent de la “photo” se dissout car l’objet de l’image c’est avant tout le signe à échanger. Au final la boite de Pandore n’a jamais été aussi largement ouverte. On attend donc l’au delà de cette exposition avec curiosité, ce pourrait être: “La boite de Pandore 2.0 et au-delà”.








LA BOITE DE PANDORE | MaM.
Une autre photographie par Jan Dibbets.
Musée d’Art Moderne de la ville de Paris.
Du 25 mars au 17 juillet 2016.





Voir aussi:

Thomas Ruff.

Clement Valla.

Rollin Leonard.

Nobuyoshi Araki.


mercredi 7 octobre 2015

Ren Hang, morphologie de l'amour !

Ren Hang, morphologie de l'amour !

Ren Hang,

A voir aux « Rencontres de la Photographies », 2015, Arles, dans la section « Off » avec la galerie Nicolas Hugo.
Ren Hang est un photographe chinois héritier évident de Nan Golding et de Nobuyoshi Araki.
Il met en scène de manière dépouillée et à la façon d'instantanés des corps nus qui sont autant de phantasmes quelque fois morbides mais toujours remplis de dérision.

ren-hang, photography, china, nude, sexualité, arles, rencontres-arles

On peut voir l'influence des Réalistes Cyniques, d'un Ai Weiwei dans l'art de la provocation mais aussi le désabusement plus ou moins désespéré et sardonique de Yue Minjun.
Pour Ren Hang pratiquer ce type de photographie mettant en scène la sexualité sans apprêt, ni érotisme est une démarche plutôt téméraire en Chine. D’ailleurs ses travaux sont pour la plupart interdits d’exposition en Chine. Il n’est pas publié et a été arrêté à plusieurs reprises.
Pourtant assez paradoxalement les images représentant sans détour la sexualité ou les organes génitaux semblent totalement dénuées de désir.

ren-hang, photography, china, nude, sexualité, arles, rencontres-arles

C’est précisément ce qu'il y a d'assez surprenant dans ces mises en scènes. Elles sont très distanciées sans empathie avec les modèles qui d'ailleurs sont souvent inexpressifs ou sans identité car privés de visage.
Pourtant Ren Hang ne travaille qu’avec ses proches ou amis et prétend ne pas planifier les séances de prise de vue. Et en effet, il y a dans les cadrages, et les poses une évidente spontanéité. Cependant la lumière crue et plate donne à l’ensemble un aspect froid. Les corps en situation ne participent pas, ils sont comme les travaux d’un entomologiste érotomane.

Ren Hang,
« I like to portray every organ in a fresh, vivid, and emotional way. »

A lire aussi


ARTEFIELDS | Art Sighting !
Art contemporain.

Le nu photographique comme portrait. Carla van de Puttelaar.

Le nu photographique avec Carla van de Puttelaar devient portrait.


Alors que nous sommes abreuvés de beautés « botoxées » et « photoshopées » la photographe Carla van de Puttelaar nous révèle des femmes ordinaires qui s'exposent avec force dans leurs individualités. Ces photographies de Carla van de Puttelaar repoussent définitivement les "cover girls" au vide insidieux du marketing.

carla-van-de-puttelaar, nude, portrait, photography, art-contemporain, cranach

Mais hormis la présence évidente de ces femmes nues, il y a aussi toute une sensualité qui joue avec les codes de la distanciation. En particulier la sensualité de l'épiderme dévoilée dans tout ce qui fait sa réalité perceptuelle pour chacun d'entre nous. La sensualité ce n’est pas ici une plasticité parfaite et lisse mais les légers déséquilibres de la silhouette ou encore et surtout les marques, imperfections, et granularité de la peau que la photographe s'emploie à mettre en évidence voire même à souligner ou ajouter au maquillage.
Ces corps blancs et apparemment éthérés ne le sont absolument pas en réalité. Bien que formellement abstraits ces portrait de femmes nues sont en vérité très individualisés, ceux sont de vraies singularités flottant dans un vide qui les isole y compris de la gravité. Ces singularités nues, ces personnes, ces femmes nues, sont comme l'Adam et Eve proches de basculer dans le péché de Cranach_ bien terrestres, hors de la perfection des origines. Ces corps singuliers ne sont pas purs, dénués de sexualité, sans désir ou durée, ils appartiennent et revendiquent avec grâce leur appartenance au temps présent, leur accord avec leur genre, la tranquille union avec la chair.

carla-van-de-puttelaar, nude, portrait, photography, art-contemporain, cranach
Autre détail intéressant dans ces portraits de femmes nues, elles ferment les yeux. Certes, face à la nudité exposée, nous sommes en situation de voyeur, mais ces portraits de femmes n'alimentent pas cette relation. Ces corps singuliers sont ceux de femmes détendues, plongées dans leur propre monde. Elles sont là, notre regard ne les atteint pas, elles s'affirment et échappent à notre jugement.
Pourtant cette affirmation puissante et apaisée de soi nous séduit, ce n'est pas par voyeurisme mais par empathie.
C'est le paradoxe apparent des photographies de Carla van de Puttelaar, au premier coup de d'œil elles paraissent froides, quelque peu esthétisantes, en réalité elles sont concentrées sur les détails de ce qui fait un corps à savoir son épiderme, sa chair, son élasticité, sa résistance, son appartenance au temps.

"I am especially interested in the skin, the little moles, the sensations that give away somebody’s mood. The small delicate individual things, which make the true beauty of women." "I have pale skin, and my work has a strong autobiographical touch."
Carla van de Puttelaar,

A lire aussi


ARTEFIELDS | Art Sighting !
Art contemporain.

Thomas Ruff. L’image photographique ne serait-elle qu’un beau simulacre ?


Thomas Ruff et le corps même de la Photographie


Thomas Ruff (né en 1958),

a été l’élève de Bernd et Hilla Becher. Il a adopté de ses professeurs illustres la frontalité de la photographie et l’aspect « objectif ».
Bernd et Hilla Becher sont des tenant de « la nouvelle objectivité » héritée du Bahaus, dont Laszlo Moholy Nagy est l’illustre représentant. Ce dernier pensait que l’appareil photographique serait susceptible de donner une vision objective et sans affect de la réalité.

abstract, photogram, thomas-ruff, photography, conceptual-art, david-zwirner.905

En effet Bernd et Hilla Becher dans leur archivage d’une certaine architecture industrielle promise à la disparition, pensait _en adoptant une méthodologie stricte_ donner une vision objective. Ils ont donc procédé à la sauvegarde photographique de châteaux d’eau et autres structures industrielles en respectant une méthode unique et rigide, à savoir clichés par temps gris afin d’éliminer toute ombre, frontalité, format constant et prise de vue en noir et blanc.
thomas-ruff, photography, coneptual-art, art-contemporan, david-zwirner, portraits, 1988Thomas Ruff dés ces premières œuvres fit sienne cette méthode. Mais d’emblée il introduisit un caractère fictionnel à son travail, soit en reprenant des procédés existants qu’il détourne, soit en réutilisant des images existantes.
Pour Thomas Ruff la manière « objective » héritière du Bahaus n’est au fond qu’un « style ». Ses anciens maîtres lui reprochèrent immédiatement de ne pas travailler avec des orignaux et de tomber dans le mimétisme.
Or c’est précisément la marque de fabrique du travail de Thomas Ruff. L’œuvre de Thomas Ruff reprend l’idée d’archivage et d’archéologie de l’image mais en insistant toujours sur la part d’équivoque de toute fabrication d’image. Une image ne peut être détachée des son texte historico culturelle comme du procédé qui a permis de la produire.
Thomas Ruff se penche donc sur une multitude de procédés de création d’images. A chaque fois il les décontextualise et montre que toute image est une construction, d’une certaine façon une fiction. C'est une démarche commune à beaucoup dans l'art contemporain.
Les premières œuvres de Thomas Ruff sont par exemple la reproduction détournée d’éléments d’architecture banals, ou encore des clichés de photographies d’identité (1986/1991) géants à « voir » comme une négation de ce que devrait être un portrait, la représentation d’une personne. La série « Portraits » n’est qu’un style formel qui ne dit rien. Quant au contexte historique il n’est pas insignifiant puisque cette série a été crée à l’époque de la bande à Baader et du contexte hyper sécuritaire de l’époque.

nacht, 1992, thomas-ruff, david-zwirners, photography, conceptual-art

Depuis Thomas Ruff a exploré de très nombreux autres territoires.
La série « Jpeg » procède par « collection » d’images internet décortiquées pour ce qu’elles sont en tant que support : un ensemble de pixels. Thomas Ruff en réduit donc la définition en les compressant en fichiers de 100k pour ensuite en faire d’immenses tirages abstraits mais lisibles à la « bonne » distance.
mars, thomas-ruff, david-zwirners,  photography, conceptual-art

La série « m.a.r.s » est constituée d’images de la NASA (en téléchargement libre) retravaillées pour en changer l’angle apparent de perception, l’angle de prise de vue. On passe de panoramiques à des visions « perpendiculaires » à la façon d’une prise de vue standard.
La série « Sterne » réutilise des images de télescope.
La série « Cassini » est composée d’image se Saturne colorisées.
La série P.H.G réinvente les photogrammes de Art Siegel en s’inspirant également de Laszlo Moholy-Nagy. Mais Thomas Ruff ne procède pas manière traditionnelle en déposant sur la surface sensible des objets dont ne resteront que les ombres. Il crée tout un système à partir d’un logiciel 3D qui simule le procédé traditionnel.
Le trait commun de toute ces séries est évidemment la mise en exergue du medium lui même. Ce qui est représenté devient annexe. Pour parvenir à ses fins Thomas Ruff procède par « décontextualisation », emprunt, délégation, et réduction de l’image. Soit en exhibant le procédé en le réduisant à son plus petit dénominateur commun. Soit Thomas Ruff altère l’approche « objectiviste » en apportant un aspect esthétique étranger à l’intention initiale mais intiment lié au medium
Thomas Ruff sait bien que la belle innocence de Moholy Nagy n’existe plus. Avec l’ère numérique le doute sur l’authenticité c’est généralisé et est devenu banal. Thomas Ruff cherche par ses distanciations au représenté et son analyse au plus près du procédé technique à définir ce nouveau statut de l’image foncièrement factice. L’on pressent chez Thomas Ruff un étrange attachement à une catégorie esthétique si discréditée de la « beauté » intrinsèque de toute image en tant que pur médium.

phg, photogram, thomas-ruff, photography, conceptual-art, david-zwirner.905

  “Most of the photos we come across today are not really authentic anymore. They have the authenticity of a manipulated and prearranged reality. You have to know the conditions of a particular photograph in order to understand it properly.” _Thomas Ruff.

Articles similaires


©Thomas Ruff
Courtesy galerie David Zwirner

ARTEFIELDS | Art Sighting !
Art contemporain.

vendredi 3 juillet 2015

Sylvie Bonnot, paysages, photographie et origami.

 

SYLVIE BONNOT : Topographie subjective et photographie.


sylvie-bonnot, photographie, origami, plasticien, art-contemporain

 

Sylvie Bonnot (née en 1982),

Est une photographe/plasticienne qui procède à une sorte de topographie subjective. Une démarche très intéressante sur l’espace et sa représentation, en l'occurrence l’une de ses formes archétypales : le paysage.
Sylvie Bonnot parcourt le monde pour revenir dans son atelier avec de magnifiques photographies majoritairement en noir et blanc. Alors commence un travail de reprise des clichés accumulés. Elle dessine au cutter,  revient à l'huile, plie les tirages ou les prolonge hors cadre dans des installations qui sont autant de lignes dessinées s’échappant du paysage fixé sur papier.

EN SAVOIR PLUS.


Sylvie Bonnot fait partie des artistes sélectionnés dans le cadre de la 15° édition du PARCOURS SAINT GERMAIN DES PRES.
Elle sera exposée chez Alain Ducasse : Le Chocolat.
Représentée par la galerie Ségolène Brossette.
"Poésie de la matière" | 22.10>>02.11.15

mardi 9 juin 2015

VIK MUNIZ | Les Mandalas des FavelasTitre de l'article

VIK MUNIZ | Les Mandalas des Favelas

vik muniz


Vik Muniz (né en 1961 à Sao Paulo, Brésil) vit et travaille à Brooklyn, USA.
L'artiste plasticien et photographe reprenant une longue lignée d'artistes travaillant depuis les rejets de la société de consommation de masse recréer à l'instar du pop art à partir d'objets banals, trouvés, détritus ou matières diverses (sucre, chocolat, etc.) de grandes icones populaires de l'art ou des médias.
Les répliques de Vik Muniz ne respectent jamais dans le détail les référents, seules les grandes lignes de l'œuvre originale sont reproduites. Dans les détails, c'est un chaos tridimensionnel de matières variées, en passant de pièces de puzzle à des matières organiques.

vic muniz, galerie xippas paris, exposition

L'héritage du dadaïsme, des « merz »@ de Kurt Schwitters ou encore la filiation à Marcel Duchamp, pour les collages et les décalages discursifs est évident. D'autant plus qu'il y a dans la démarche de Vik Muniz une volonté critique très forte. De même ce recyclage de matières fait bien entendu penser à Rauschenberg avec la même volonté d'enracinement sociologique.
Cependant Vik Muniz va plus loin puisque toutes ces œuvres sont promises à la destruction et ne garderont pour trace qu'une prise de vue photographique. Ultime reproduction dans un circuit de recyclage qui met en abime la question de l'image vernaculaire, de la matière brute ou manufacturée et de la mémoire collective.

vic muniz, galerie xippas paris, exposition, marat, jacques-louis david
La démarche de Vik Muniz est d’autant plus radicale que chacune des ses productions exige souvent un travail colossal. Il a ainsi demandé à des personnes vivant du ramassage d’ordures dans la plus grande décharge du monde : Jardim Gramacho, près de Rio, de réaliser des reproductions d'œuvres de David, Goya ou Michel-Ange. Le travail accompli tout fut détruit après la fixation sur pellicule du travail réalisé.

Les tirages photographiques ont néanmoins été ensuite vendus chez Sotheby’s, ce qui a permis à la communauté de récupérer de la vente 250 000 $.

vic muniz, galerie xippas paris, favelas, jardim gramacho

Les œuvres qui ont propulsé Vik Muniz sur la scène internationale de l'art contemporain :

Pictures of Chocolate, 1997.
vik muniz, pictures of chocolate



















Pictures of Junk, 2006.
vic muniz, galerie xippas paris, exposition

Le travail de Vik Muniz procède donc un peu à la manière d’un Mandala. Un support de « méditation » en trois dimensions fruit d’un long travail fastidieux et minutieux, promis à la « destruction » ou plutôt au retour dans le flux sans fin des signes, de la matière, de l’impermanence de toute chose.



Site Artefields | Artefields Page FB | Artefields G+ | Artefields Twitter

mardi 21 avril 2015

Art contemporain et temporalité. Les archéologues, Sugimoto, Rauschenberg, Tony Cragg, Marion Davout.

Art contemporain et temporalité

Le temps existe en peinture à travers soit la narration (Figuration libre/narrative) mais aussi le temps de la création ou encore dans le geste, l’action (Pollock) et son opposé la méditation (Rothko) et la contemplation qu’elle suscite.
Dans le registre des installations, c’est-à-dire au fond la création prenant possession de l’espace par delà le cadre, le temps devient plus évident à suggérer de par les possibilités de mouvements propres à l’œuvre ou à l’interaction du « regardeur » devenu acteur de la pièce.

Quant à la photographie elle est par essence aux prises avec le temps dans des sens très variables : celui de la prise de vue, de l’événement capté, par son rapport à l’histoire collective ou individuelle.

La sculpture qu’elle soit mobile ou statique a toujours quant à elle été confrontée au temps de par sa présence physique et son ex-istence dans le continuum espace/temps. La sculpture au même titre que l’architecture se confronte physiquement au passage du temps à l’image d’une marque, d’un totem spatial marquant un temps.

L’art contemporain a fréquemment abordé cette problématique du temps.

Cet article se découpera en plusieurs sections dont voici la première.


LES ARCHEOLOGUES DE L'ART CONTEMPORAIN :
Sugimoto l’entomologiste de l’uchronie :
Theaters :
L’ère du divertissement vidée de l’humanité qui l’a produite, ne demeure que l’architecture éphémère et la lumière.
iroshi-sugimoto, art contemporain
Dioramas :
Une archéologie sous forme d’uchronie au sens propre, étymologique comme au sens courant. Sugimoto en utilisant la photographie qui entretient un rapport consubstantiel avec le temps cherche de manière systématique, sérielle à découvrir ce qu’il y avant et après l’homme dans un jeu distancié et ironique avec le factice, la redondance, le simulacre, ici des animaux naturalisés qui donc ne sont plus mais qui paraissent plus vrais et vivants que nature. L’uchronie est donc double, un non-temps, et ce qui aurait pu être si…
Image
Seascapes :
La trilogie de l’eau, l’air, l’horizon et le temps qui a vidé des lieux si fréquentés par les humains, les baigneurs, les touristes, le promeneurs de toute présence, ne reste qu’un tableau minimaliste des éléments faisant évidemment référence à Rothko que Sugimoto évoque fréquemment. Là encore une étrange archéologie qui exhume par soustraction.
Image
Portraits :
Dans la série « portraits, Sugimoto a photographiés des mannequins de cire en reproduisant par le truchement de la lumière et un niveau de détail stupéfiant des références de l’art de la renaissance flamande, donnant ainsi l’illusion d’avoir reproduit un tableau de grand maître alors qu’il ne s’agit que d’un double simulacre. Hormis la mise en cause classique de l’image Sugimoto sollicite l’attention du regarder afin qu’il discerne l’illusion pour ensuite se plonger à travers le temps qu’il a consacré à l’observation dans la meditation de ce jeu de miroir faisant intervenir plusieurs temporalités où tout se révèle impermanent et incertain, l’entomologiste Sugimoto est au sommet de son art et de son observation cruelle de l’humanité confronté au temps, à l’incertitude.
Image



Rauschenberg ou la paléontologie du contemporain.
Rauschenberg dans ses combine-painting se livre non seulement à une critique de l’ère de la consommation de masse mais agit comme un paléontologue qui exhume dans les détritus de la civilisation moderne l’accélération de l’impermanence à travers la capitalisme débridé. Cette fixation des rejets dévalués, massifs est en un sens une relation critique au temps immédiat sous forme de constat mais aussi une sorte de relevé quasi archéologique.
Image




Tony Cragg.

Le travail de Tony Cragg s'inscrit dans l'héritage des néo-dada, il a commencé par utiliser comme matériaux de ses sculptures des objets banals, des rebuts de l'ère de consommation de masse mais procédant par typologie et similitude à l'instar d'un tri presque scientifique, une archéologie du quotidien.
Image
Après une période figurative l’œuvre de Tony Cragg est devenue plus abstraite composée essentiellement d'accumulations de volutes et de strates aboutissant à des formes très organiques où l’on peut voir l’héritage de sa formation scientifique dans l’aspect gordien, quasi magmatique, ces formes paraissant presque comme produites par une formule mathématique, mais aussi une paléontologie imaginaire.
Image



Marion Davout le temps en lambeaux.
Marion dans ses œuvres exposées à Créteil se livre à une fixation de temps juxtaposés, la toile fixe des avant et des après sous les formes de lambeaux de réalités provenant du passé et de l’avenir, le présent étant probablement suggéré par les espaces non « vides », la simultanéité de la narration/figuration produit un espace pictural déchiré, en lambeaux qui sont prétexte à une archéologie déroutante des traces de la mémoire.
Image



Site Artefields | Artefields Page FB | Artefields G+  | Artefields Twitter


mercredi 18 mars 2015

Gerhard Richter, peinture "hyperréaliste" et photographie.




©Gerhard Richter




Deux articles sur Gerhard Richter 

et son rapport à la photographie.

 

 


Plus vrai qu'une photo !
http://bit.ly/1FAQCYV
En se soumettant à la reproduction d'une photographie, Richter dit se libérer de toute forme d’interprétation. Il prétend réduire alors son intervention au seul geste pictural, pour ne se consacrer donc qu’à « l'espace pictural » (Matisse) au risque d’un exercice de simple...



Atlas | Photo-peinture.  

http://bit.ly/1MJWHo9

En effet, Gerhard Richter a commencé à rassembler dés 1960 photographies, coupures de presse, dessins, illustrations, qu’il assembla ensuite sur des feuilles de papier libres. Certaines de ces photographies de famille, que ce soit les siennes propres ou celles d’inconnus, mais...
Poursuivre sa lecture : 





L'art en vue. Art sighting ! http://bit.ly/1DcH3zJ

Site Artefields | Artefields Page FB | Artefields G+  | Artefields Twitter











dimanche 22 février 2015

| ÉRIC RONDEPIERRE | IMAGES SECONDES | Maison européenne de la photographie •

eric rondepierre | images secondes | mep | photographie | france | paris
©Eric Rondepierre | W197A
Tirage argentique sur aluminium, 47x70, 1993/95

| ÉRIC RONDEPIERRE |
Ecrivain et plasticien dont le travail porte entre autres sur les images intermédiaires qu'il repère en jouant certains films au ralenti, sur des photogrammes abimés de films muets, ou les bug de diffusions télévisuelles via l’A.D.S.L. .
Tout ceci aboutit à un univers fantasmagorique, souvent ironique, qui analyse sans pesanteur intellectuelle mais avec acuité les rapports entre l'image, le temps et la perception.


L'exposition au MEP : http://bit.ly/1GfinVy
Du 4 février au 5 avril.

Le site de l'artiste : http://bit.ly/1GfiqAA


Artefields

Site Artefields | Artefields Page FB | Artefields G+  | Artefields Twitter

mardi 13 janvier 2015

RINEKE DIJKSTRA | Galerie Marian Goodman •





Vernissage à la galerie Marian Goodman.
January 13, 2015
Vernissage à la galerie Marian Goodman du dernier travail de Rineke Dijkstra, la photographe néerlandaise, caractérisé par la frontalité mettant la fragilité de l'humanité en évidence.

Séries photographiques précédentes, entre autres :
- Toreros juste après la mise à mort du taureau.
- Femmes juste après leur accouchement.
- Adolescents à la plage.
- Femmes soldats israéliennes.

Elle est actuellement représentée par la galerie Marian Goodman à New York et à Paris.
Rineke Dijkstra : "The Gymschool, St. Petersburg," 2014.
Mardi 13 janvier de 18h à 20h.
Galerie Marian Goodman, qui représente Rineke Dijkstra à Paris et New-York.
79 Rue Du Temple.
75003 Paris.
Pour en savoir plus : http://bit.ly/1y7fOot

By : Artefields.