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mardi 24 mai 2016

Marlene Dumas. Figure et figures.


Marlene Dumas, (1953/),


La peintre hollandaise d’origine sud africaine n’est préoccupée que d’une chose la figure.

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Marlene Dumas a presque essentiellement fait durant toute sa carrière que des portraits, des vanités, des masques anthropomorphes ou des personnages en pied.

Bien que ne se souciant que de la figure humaine elle ne travaille pourtant pas d’après modèle. Les principales sources d’inspiration de Marlene Dumas sont d’origine photographique. Ce qu’elle extrait du flux des images, catalogues, presses ou autres porte presque toujours sur de grands thèmes universels, la mort, le sexe, la solitude. Cependant la connotation historico-politique est fréquemment présente et contextualise ces grands thèmes ou ce sont ces cas particuliers qui sont universalisés, selon…

Cependant pour Marlene Dumas la figure est un sujet propre à la peinture, et ces grands et petits sujets si ils ne sont pas sans importance, n’en sont pas moins que le prétexte sincère ou purement
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occasionnel pour se livrer à l’exercice de coucher sur du papier ou sur une toile une figure. Et cette figure comme elle le dit elle même, cette figure, dans le temps de l’execution, ne va pas de soi. En effet pour Marlene Dumas, la figure ne tient pas d’elle même dans le cadre limité de la feuille ou de la toile. La figure est: ou emprisonnée, ou s’échappe, ou ne trouve aucune place dans le cadre et c’est ce qui motive, pousse Marlene Dumas à reprendre ce motif.

C’est aussi pourquoi Marlene Dumas s’efforce dans la réalisation de  ces figures de les peindre dans un temps court, quitte à y revenir “rapidement” durant plusieurs mois ou années. Il y a toujours une grande énergie pour ne pas dire presque brutalité, dans la touche de Marlene Dumas.

L’aspect expressionniste et très brut, voire quasiment bad painting, de son œuvre trouve son origine dans cette approche très concentrée.

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Si la figure est représentée dans une gestuelle rapide, et si pour Marlène Dumas l’objet est avant tout plastique, elle n’en est pas moins soucieuse de la justesse de sa figuration par rapport au sujet.

C’est un des autres aspects de son œuvre, dans la relation au sujet elle tente d’être juste sinon fidèle. Il y a la part subjective, c’est à dire la part de névrose qui se dépose dans l’œuvre via le prétexte du sujet mais il y a également un désir d’être “juste” humainement, moralement par rapport à lui.

La balance n’est évidemment pas toujours équilibrée. Parfois le fantasme prend le dessus. Mais lorsqu’il s’agit de portrait ou de sujet à connotation politique on constate aisément que Marlène Dumas fait montre d’une forme de respect.

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Concernant la sexualité, là on voit bien que l’équilibre devient plus précaire, l’on oscille de la fascination, plus ou moins morbide, à la révolte d’une femme face aux representations dominantes du nu féminin, en passant par l’humour noir ou la dérision.

Comme Jenny Saville et bien d’autres artistes femmes Marlene Dumas rejette l’esthétisme du nu féminin et souligne à quel point le corps, le désir, et le sexe de la femme échappent dans sa réalité crue aux conventions. Ce qui peut paraître choquant dans ses aquarelles à caractère ouvertement sexuel n’est jamais que le reflet du conformisme de celui qui regarde. Il y a en outre une volonté évidente de provocation puisque que les images photographiques ayant servies de source d’inspiration sont parfois extraites de publications pornographiques tout spécialement normatives.

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Entre ses portraits-masques, ses figures bancales parfois presque calligraphiques,  ses nues organiques, crus et quelque fois provocateurs, et ses vanités cabossées, Marlene Dumas donne malgré sa démarche concentrée sur la figure comme sujet presque exclusif une vision du monde pas si noire que cela, c’est un peu comme une farce grotesque et cataleptique. C’est sombre mais joyeux !

En effet, Marlene Dumas, qui s’amuse de l’étonnement des gens à découvrir lors de ses interview qu’elle parait bien moins depressive que ce qu’elle représente dans ses œuvres, fait preuve de beaucoup de dérision et d’humour dans ses sujets. Si le ton général n’est évidemment pas à la gaité, la noirceur expressionniste est plutôt un parti pris plastique et une forme  de constat lucide face à la cruauté de l’histoire et l’indifférence de l’Univers.

C’est avec virulence plastique en se concentrant presque exclusivement sur son métier et ses problématiques spécifiques qu’elle délivre finalement une vision plus large.




Marlene Dumas est représentée aux US par:

David Zwirner gallery.



Voir aussi

Jenny Saville

Katinka Lampe

Sarah Lucas.



©Marlene Dumas.

Courtesy galerie David Zwirner.


mercredi 7 octobre 2015

Ren Hang, morphologie de l'amour !

Ren Hang, morphologie de l'amour !

Ren Hang,

A voir aux « Rencontres de la Photographies », 2015, Arles, dans la section « Off » avec la galerie Nicolas Hugo.
Ren Hang est un photographe chinois héritier évident de Nan Golding et de Nobuyoshi Araki.
Il met en scène de manière dépouillée et à la façon d'instantanés des corps nus qui sont autant de phantasmes quelque fois morbides mais toujours remplis de dérision.

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On peut voir l'influence des Réalistes Cyniques, d'un Ai Weiwei dans l'art de la provocation mais aussi le désabusement plus ou moins désespéré et sardonique de Yue Minjun.
Pour Ren Hang pratiquer ce type de photographie mettant en scène la sexualité sans apprêt, ni érotisme est une démarche plutôt téméraire en Chine. D’ailleurs ses travaux sont pour la plupart interdits d’exposition en Chine. Il n’est pas publié et a été arrêté à plusieurs reprises.
Pourtant assez paradoxalement les images représentant sans détour la sexualité ou les organes génitaux semblent totalement dénuées de désir.

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C’est précisément ce qu'il y a d'assez surprenant dans ces mises en scènes. Elles sont très distanciées sans empathie avec les modèles qui d'ailleurs sont souvent inexpressifs ou sans identité car privés de visage.
Pourtant Ren Hang ne travaille qu’avec ses proches ou amis et prétend ne pas planifier les séances de prise de vue. Et en effet, il y a dans les cadrages, et les poses une évidente spontanéité. Cependant la lumière crue et plate donne à l’ensemble un aspect froid. Les corps en situation ne participent pas, ils sont comme les travaux d’un entomologiste érotomane.

Ren Hang,
« I like to portray every organ in a fresh, vivid, and emotional way. »

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ARTEFIELDS | Art Sighting !
Art contemporain.

Jenny Saville, du corps féminin à l'origine du monde.


Jenny Saville, du corps féminin à l'origine du monde.

Jenny Saville (née en 1970),

Est une artiste peintre d’origine écossaise. Dès ses débuts elle a été suivie comme beaucoup d’autres artistes anglais de la Young British Artists par Charles Saachi, puis son œuvre s’est très rapidement imposée dans le champ de l’art contemporain.

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La question du genre :
Les débuts de Jenny Saville ont été très marqués par une approche revendicative et féministe qui cherchait dans la représentation du corps féminin à se détacher du modèle social phallocentrique. Modèle qui soumet la femme à une représentation d’elle-même particulièrement coercitive.
Dans son approche du genre et de la représentation du corps de la femme Jenny Saville a, de son propre aveu, été très influencée par Cindy Sherman, l’artiste conceptuelle qui interroge à travers photographies et « happening » la représentation de la femme dans la société moderne.
Les sources d’inspiration :
Jenny Saville pour réaliser ses nus utilise d’ailleurs toute une grande variété de sources, Il y a les références artistiques évidemment. On peut voir des liens avec Rembrandt, Rubens, Soutine, Francis Bacon et Lucian Freud. Concernant ce dernier on pense évidemment aux fameux portraits de Leigh Bowery et à ceux de Sue Tilley.
Mais Jenny Saville s’est aussi beaucoup intéressée à la chirurgie esthétique et aux images médicales. Une de ses œuvres « Plan » (1993) représente d’ailleurs une femme en contre-plongée qui nous observe, et porte sur tout le corps les marques préopératoires de possibles chirurgies esthétiques susceptibles de la ramener dans la norme. La chirurgie esthétique intéresse donc Jenny Saville pour le travail normatif qu’elle opère sur les chairs, mais aussi pour leur plasticité qu’elle met en évidence. Il y a là à la fois une dénonciation et une fascination. Par conséquent les deux versants sont présents: la picturalité baroque et monumentale des chairs d’une part et la mise en question du genre et de la normalité d’autre part.

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Le nu féminin libéré :
Une des premières œuvres de Jenny Saville, « Propped » (1992), est très représentative de cette tendance. En effet, cette toile de dimension imposante et inhabituelle dans le registre du nu féminin représente une femme, plutôt obèse, perchée sur un tabouret très haut et filiforme où le modèle semble être dans un équilibre précaire. La dissonance des masses et les fuyantes exagérées accentuent l’allure imposante et presque intimidante du modèle. Le cadrage est vu de dessous et cette femme monumentale au corps, aux chairs excessives, nous surplombe en nous regardant de manière assurée. Le visage du modèle - comme ce sera souvent le cas par la suite - est celui de Jenny Saville. En effet, Jenny Saville a toujours considéré son travail comme éminemment autobiographique. Elle parle du corps féminin et de son corps à elle. En outre, elle dit vouloir créer par cette appropriation d’un corps autre que le sien une empathie avec le regardeur, notamment les autres femmes. Il y aussi selon ses propres dires une volonté de briser le modèle habituel du nu. C’est-à-dire la tradition de la relation de l’artiste actif, qui analyse et représente ce qu’il observe, et du modèle passif qui au mieux fait acte de présence, essaie d’être là. Jenny Saville en étant peintre et modèle veut casser la logique de l’objectivation du corps féminin en étant à la fois le modèle et le portraitiste.
Elle proclame ainsi son engagement dans cette reterritorialisation. L’artiste peintre cite une phrase de Luce Irigaray, une écrivaine féministe de renom. Le texte est celui-ci : «“If we continue to speak in this sameness, speak as men have spoken for centuries, we will fail each other again. ». Il est donc bien question de réappropriation du corps féminin par les femmes elles-mêmes.

La monumentalité des chairs:
« The process of the making is the subject. » _ Jenny Saville.
Dans cette toile néanmoins apparaît immédiatement ce qu’il y a de vraiment personnel chez Jenny Saville et qui ne se limite pas à une démarche politique ou sociale. D’emblée Jenny Saville montre son « obsession » pour la masse des chairs, leur gravité ainsi que l’élasticité/plasticité de l’épiderme qui semble avoir de la peine à maintenir cette abondance de matière. Elle exhibe la monumentalité, certes inscrite dans un engagement et un souci de réappropriation du corps de la femme, mais aussi et plus spécifiquement la monumentalité comme pure expression picturale.

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Le corps comme un paysage :
« Main of my work has a landscape quality. » _ Jenny Saville.
La façon dont Jenny Saville peint les corps tend donc dès le début de sa carrière d’artiste peintre vers une forme d'abstraction gestuelle qui aboutit à traiter le corps comme un volume. Elle monumentalise le modèle non seulement par les proportions picturales - les toiles sont toujours gigantesques - mais aussi par le traitement des masses dont ces corps excessifs et assurés sont le « prétexte ». La plasticité des chairs permet de travailler la toile peinte comme une sculpture en traitant les masses colorées comme des volumes. Les corps sont comme des paysages de chairs donnant lieu à une peinture sculpturale, qui cherche les masses, les ombres, les failles et les blancs. Les parties lumineuses sont traitées comme des crêtes de paysage.
Le « Torso » est un autre bon exemple de ce traitement des chairs comme un paysage de masses charnues: cette masse sculpturale moins élastique, plus musculeuse que d’habitude, où l'énergie du peintre se déverse. Le tableau est abstrait dans la composition. Les rapports entre les clairs et les obscurs, ici on pourrait presque parler de pleins et de vides, à ce détail près que tout dans l'œuvre de Jenny Saville a un poids. Elle est passée maître dans l'expression de l'élasticité tendue de chairs trop lourdes, qui distendent l'épiderme et subissent une gravité inexorable. Tout a un volume pesant, tout est doté d'un poids extraordinaire, d'une élasticité sollicitée à son point de rupture. L’autre particularité de cette œuvre - et Jenny Saville le souligne - est que le genre, ici masculin, est particulièrement présent, ne serait-ce que par l’aspect musculeux, comme la partie génitale traitée de manière très appuyée. D'où l'importance de l'échelle surdimensionnée qui domine le regardeur et accentue de manière spectaculaire le poids des chairs.

Figuration et abstraction:
« The creative act is an energetic act. » _ Jenny Saville.
Cette monumentalité conduit à voir ces corps comme des paysages, des masses où le geste pictural très expressif, voire abstrait, de Jenny Saville trouve à s’exprimer. C’est une autre des particularités du travail de cette artiste peintre, les compositions sont très graphiques. Le dessin, notamment des mains, des pieds, est souvent très détaillé. Les yeux sont rendus avec beaucoup de réalisme. Mais il y a aussi une touche complétement libérée et abstraite qui travaille les corps comme des paysages. D’autant plus que les dimensions permettent de parcourir de grandes masses de matière, « de chair picturale ».

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Les vanités et l’universalisation, les mères :
« It s not a linear way but a dream like way something fluid like the memory. » _ Jenny Saville.
Jenny Saville tente donc progressivement d’universaliser son propos. En effet, Il ne s’agit plus seulement de l’appropriation du corps de la femme en particulier mais de la corporéité en général.
On voit donc apparaître de nouveaux motifs : entre autres, les transsexuels avec « Passage » (2004), ou encore des torses d’animaux assez anthropomorphique, (un des archétypes des « vanités », notamment celle de Rembrandt dans « Le Bœuf écorché » (1655).
Un autre motif devient également récurrent : la maternité comme lien physique avec l’espèce. La gestation est abordée du point de vue de la mutation du corps, celui de la femme, comme celles du corps des enfants. D’ailleurs, Jenny Saville dit s'être sentie, lors de sa maternité, dans une relation primitive avec le genre humain, avoir connu une sorte de communauté primale, physique avec l'espèce humaine.
Apparaissent donc de nouvelles problématiques celles de représenter et la fluidité du temps, et les transformations dans la durée en un espace pictural unique, mais aussi le lien avec toutes les autres mères, les mères au sens strict comme toutes les maternités de l’histoire de l’art. « The Mothers » (2011) est assez emblématique de ce point de vue.

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Le pluriel du titre n’est pas innocent, Jenny Saville s’inscrit comme mère de ses enfants dans la chaîne des mères réelles, mais elle interroge aussi les représentations de la maternité à fil de l’histoire. Dans ces séries les portraits, les corps se démultiplient en autant de poses différentes qui se juxtaposent ou plutôt s’échantillonnent se « sample » l'une l'autre y compris avec la relation de l'artiste à l’histoire de l'art. Apparaît aussi des pendants masculins au modèle féminin, de petits garçons, le «père, et d’autres figures plus ou moins explicites, qui sont autant de questionnements de la chair, du genre, de l’espèce, de la bio-logie du corps.
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L’origine du monde:
Une œuvre plus ancienne, « Reflective Flesh » (2004) exprime assez bien cette affirmation du corps de la femme comme génératrice de vie, c’est notamment le cas dans cette œuvre, que certains ont assimilé à l’origine du monde de Courbet. On est pourtant très loin de l’aspect érotique et intimiste du ventre sans tête de Courbet. Ici effectivement tout est centré autour des parties génitales, du vagin précisément comme territoire de la femme. Le visage de Jenny Saville nous dévisage avec assurance et force comme revendiquant son corps tel qu’il est mais aussi comme porteur de vie. Il n’y a aucun érotisme, pas même d’exhibitionnisme dans cette toile, seulement l’affirmation de soi, de son corps de son lien au grand cycle des générations au sens strict.
Jenny Saville bien que toujours attachée à la question du genre et de la normalité semble vouloir universaliser l’objet de ses recherches, passant du genre à la corporéité, de la figuration d’un instant à l’introduction de la temporalité.

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Le nu photographique comme portrait. Carla van de Puttelaar.

Le nu photographique avec Carla van de Puttelaar devient portrait.


Alors que nous sommes abreuvés de beautés « botoxées » et « photoshopées » la photographe Carla van de Puttelaar nous révèle des femmes ordinaires qui s'exposent avec force dans leurs individualités. Ces photographies de Carla van de Puttelaar repoussent définitivement les "cover girls" au vide insidieux du marketing.

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Mais hormis la présence évidente de ces femmes nues, il y a aussi toute une sensualité qui joue avec les codes de la distanciation. En particulier la sensualité de l'épiderme dévoilée dans tout ce qui fait sa réalité perceptuelle pour chacun d'entre nous. La sensualité ce n’est pas ici une plasticité parfaite et lisse mais les légers déséquilibres de la silhouette ou encore et surtout les marques, imperfections, et granularité de la peau que la photographe s'emploie à mettre en évidence voire même à souligner ou ajouter au maquillage.
Ces corps blancs et apparemment éthérés ne le sont absolument pas en réalité. Bien que formellement abstraits ces portrait de femmes nues sont en vérité très individualisés, ceux sont de vraies singularités flottant dans un vide qui les isole y compris de la gravité. Ces singularités nues, ces personnes, ces femmes nues, sont comme l'Adam et Eve proches de basculer dans le péché de Cranach_ bien terrestres, hors de la perfection des origines. Ces corps singuliers ne sont pas purs, dénués de sexualité, sans désir ou durée, ils appartiennent et revendiquent avec grâce leur appartenance au temps présent, leur accord avec leur genre, la tranquille union avec la chair.

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Autre détail intéressant dans ces portraits de femmes nues, elles ferment les yeux. Certes, face à la nudité exposée, nous sommes en situation de voyeur, mais ces portraits de femmes n'alimentent pas cette relation. Ces corps singuliers sont ceux de femmes détendues, plongées dans leur propre monde. Elles sont là, notre regard ne les atteint pas, elles s'affirment et échappent à notre jugement.
Pourtant cette affirmation puissante et apaisée de soi nous séduit, ce n'est pas par voyeurisme mais par empathie.
C'est le paradoxe apparent des photographies de Carla van de Puttelaar, au premier coup de d'œil elles paraissent froides, quelque peu esthétisantes, en réalité elles sont concentrées sur les détails de ce qui fait un corps à savoir son épiderme, sa chair, son élasticité, sa résistance, son appartenance au temps.

"I am especially interested in the skin, the little moles, the sensations that give away somebody’s mood. The small delicate individual things, which make the true beauty of women." "I have pale skin, and my work has a strong autobiographical touch."
Carla van de Puttelaar,

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