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dimanche 7 juin 2015

JEAN DE SAGAZAN

JEAN DE SAGAZAN


Jean de Sagazan (né en 1988, Paris) ou la fascination pour la géométrie du banal, de l’insignifiance, des moments creux, vides qui sont autant d’occasions pour le peintre de ne représenter rien, pour peindre seulement et reproduire peut être ces moments de suspens si satisfaisants.
Il y dans ces quelques œuvres du jeune peintre un rappel de ce que Gerhard Richter dit de sa relation à la photographie, qui en le déchargeant du motif, de la subjectivité lui permets de ne s’attacher qu’à peindre.
Mais la tentation de l’hyperréalisme chez Jean de Sagazan semble s’arrêter là, au même titre que chez Richter. Il altère
tout de suite l’imitation par un léger flou, une touche évidente et des couleurs froides, passées, presque synthétiques.
Une œuvre mystérieuse en gestation, oscillant entre photographie et ambiances cinématographiques qui trouvent probablement ses filiations conscientes ou pas chez Richter, Hockney et par les cadrages, l’aspect narratif la Nouvelle Figuration.
Un artiste à suivre de près.
Le site de l'artiste.
Le salon de Montrouge 2015.

jean-de-sagazan, salon-de-montrouge
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mardi 26 mai 2015

BRUCE NAUMAN | Fondation Cartier.

BRUCE NAUMAN | Fondation Cartier.


« Fondamentalement, mon œuvre est issue de la colère que provoque en moi la condition humaine. Ce qui me met en fureur, c’est notre capacité de cruauté, la faculté qu’ont les gens d’ignorer les situations qui leur déplaisent. Ce qui me fascine aussi, c’est de voir comment la colère ordinaire, et même la haine que l’on peut ressentir pour quelqu’un, se transforme en haine culturelle. » _ Bruce Nauman.


bruce-nauman, anthro

Bruce Nauman, Anthro / Socio (1991).

A deux pas de la fondation Cartier, dans la rue Emile Richard qui longe le cimetière Montparnasse, il y a quelques SDF - mot bien aseptisé qui ôte jusqu’à la misère au clochard - certains alcoolisés maugréent, braillent des insultes ou vous lancent des regards torves. Ces invectives sonnent comme autant d’appels, des « feed me ! » « Help me ! » « Eat me ! » « Hurt me ! », etc. dont l’installation de Bruce Nauman est comme le reflet glacial et minimaliste dans un édifice tout aussi acéré de la culture. Voilà à quoi fait penser cette installation, en çela elle a probablement réussi puisqu’elle nous interpelle. En effet, la pièce consiste en un concert vociférant et répétitif d'appels à l'aide d'un homme au visage crispé et projeté tantôt à l'endroit, tantôt à l'envers.

bruce-nauman, carrousel
Bruce Nauman, Carrousel.
Le carrousel, installé de façon apparemment saugrenue dans la même salle que Anthro / Socio, s’y trouve finalement après réflexion bien à sa place. Ce manège morbide d’animaux suspendus par le cou et traînant leurs pattes arrières sur le sol au point d’y laisser une trace dérisoire vient bien en complément des appels désespérés et primaux de l’installation Anthro / Socio. Dans leur cercle mécanique de mort, ils sont tout aussi isolés et désespérants.
bruce-nauman, untitled
Bruce Nauman, Untitled, (1970/2009).
Dans la dernière salle, une installation de prime abord plus légère : deux danseuses se tenant par les mains tentent de tourner par la seule force de leur corps autour de l’axe d’une horloge schématisée par plusieurs cadrans. Mais elles ne parviennent pas à se synchroniser et leur efforts répétés semblent voués à l’échec. Eternel retour, mort et temporalité, impermanence, fatigue, éloignements et agrippements, unions, désunions sont autant d’images de notre condition dédoublée et répétée en deux projections également désynchronisées. Il s’agit probablement de la pièce la plus subtilement dérangeante pour peu que l’on s’y attarde.
bruce-nauman, rogers
Bruce Nauman, Mr Rogers, (2013).
Quant à la pièce du rez-de-chaussée, elle est de la même veine. La pièce consiste en une installation vidéo mettant en scène le jeu répété qui consiste à tenir trois crayons par les seules extrémités de leur mine, apprentissage, échec et recommencement, mais heureusement le chat, Mr. Rogers, remet un peu d’ironie là-dedans !Finalement si on le temps de s'imprègner, ces quatre installations sont saisissantes et constituent un discours muet particulièrement efficace.

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MARKUS LUPERTZ | Musée d'art moderne, Paris, France.

Rétrospective Markus Lupertz au musée d'art moderne

Markus Lüpertz (né en 1941 à Reichenberg/Liberec)

Lüpertz est affilié aux néo-expressionismes allemands, même si une grande partie de son œuvre échappe à cette catégorisation trop réductrice. Son œuvre se caractérise par un dialogue incessant entre la figuration et l'abstraction dans une manière très enlevée, très expressive, avec le souci de préserver la peinture en tant que telle.

On distingue plusieurs grandes périodes chez Lüpertz avec un "vocabulaire" (casques, épis de blés, etc.) constant qui joue comme une trame sérielle se développant dans des "genres" variés.

La période des "peinture dithyrambiques" pousse la figuration vers l'abstraction en réduisant celle-ci à des formes simples monumentalisées.

Puis il reviendra vers une figuration plus faussement littérale avec les "motifs allemands" qui interrogent ironiquement l'histoire allemande.

Finalement, il abordera avec distanciation formelle et discursive des thèmes mythologiques puis les grandes œuvres de l'histoire de l'art (Goya, Velázquez, Poussin, Matisse, etc.). Ces motifs sont traités comme une iconographie décontextualisée prétexte à une déstructuration formelle répétant encore et toujours la tension entre figuration, « formalisme » et abstraction.

Artiste exceptionnel à découvrir ou re-découvrir au MAM.

markus-lupertz

L’œuvre de Markus Lüpertz est à la fois Pop Art par le choix du motif, c'est à dire souvent un élément banal issu de la société de consommation de masse et traité comme une icône. Mais c’est aussi un retour surprenant _ servi par une manière expressionniste_ au cubisme par la géométrisation et l'amplification des ombres et modelés qui donnent à l'objet iconique un caractère monumental, d'autant plus qu'il est extirpé de tout contexte.On est donc bien dans « l'espace pictural » qui n'imite pas mais dialogue avec lui même. Les détails sont également abordés comme désolidarisés et presque totalement abstraits dans la touche et le mouvement de peindre, qui ont bien pour finalité la peinture pour la peinture et non la représentation.L’un des caractères si particulier de cette œuvre est aussi la tension entre une figuration tendant à l’abstraction et une abstraction (expressionniste) servant la figuration, l'une contenant l'autre et faisant exploser le motif.Un des autres aspects si étonnant du travail de Lüpertz est l'évidente part narrative ou plutôt signifiante, ne serait ce que par les titres, mais aussi par l’appel à l’histoire de l’art et les objets iconiques représentés. Cependant ce « discours » pictural sous-jacent est plein d'ironie, voire de provocation et semble chercher à nous égarer dans des poncifs explicatifs ou de la simple redondance verbeuse. Commenter est à la fois trop simple, évident, pernicieux et finalement vain. La force des icones signifiantes : la casque, la guerre, la masculinité, ou encore la banalité façon Pop Art, ou le référent historique ressemblent donc à des impasses critiques. Le message se disqualifie donc lui même par sa trop grande évidence pour finalement se dissoudre dans la seule chose qui occupe l'œuvre son ex-pression, sa puissance formelle issue de la tension entre les gestes de l'abstraction expressionniste, le détail réduit à sa forme, sa masse colorée et des compositions très architecturées bien que dépouillées.

markus-lupertz
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markus-lupertz
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lundi 9 mars 2015

| MARION DAVOUT | Fairy Tales.


| Marion Davout | Espace pictural et mental !





Marion Davout dépeint un monde qui semble en lambeaux où la préparation bleue de la toile reste souvent vierge pour suggérer soit des cieux uniformes, soit des murs décrépis.

« Je superpose ces photos pour créer une image donnant à voir le même lieu dans plusieurs temporalités. Avant/Maintenant/Après ».



Il y a donc une lutte entre le bâti et la Nature dans la succession de leurs états dans des temps juxtaposés. Ces "collages" de fragments temporels et de moments subjectifs sont représentés sous les formes de troncs d'arbres déracinés sombres et menaçants et d'une végétation dépourvue d'attache apparente.


Ici dans une touche très visible et dynamique qui entremêle fragments "mentaux/subjectifs" de temps suggérant le passage du naturel au construit et de son retour à la Nature.
Les verts sont sombres, les noirs terreux ou bleutés, les teintes chaudes cernées, le tout apparaissant ou se dissipant dans une dominante froide que la préparation bleue absorbe ou révèle.


Nous sommes par conséquent dans un espace purement pictural qui est dévoué à sa propre expression figurative à travers l'évocation d'une juxtaposition temporelle mêlant l'artifice et la Nature.














MAC/Créteil : http://bit.ly/1zZQWtF
Galerie Laure Roynette http://bit.ly/17ZN8C8

L'art en vue. Art sighting ! http://bit.ly/1DcH3zJ

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dimanche 8 mars 2015

| Emilie Bazus | Une matérialité "monumentale" en mouvement |


©Emilie Bazus.

A l'occasion de l'exposition | FAIRY TALES | à la | Maison des Arts de Créteil | on a pu découvrir le travail d'Emilie Bazus.


©Emilie Bazus.




Certaines œuvres d'Emilie Bazus rappellent dans une certaine mesure l'art des fresques du Quattrocento.  On pourrait y voir un fragment ou un détail d'œuvres telles que celle de Piero Della Francesca, Massacio, ou Giotto, voire Balthus (grand admirateur du Quattrocento).









Massacio
Massoccio
Piero Della Francesca
Piero Della Francesca
Balthus
Balthus

Giotto

 En effet les  cadrages serrés, les mouvements figés et la géométrie des figures, tissus empesés et objets aux contours fortement stylisés, donnent à l'ensemble un aspect monumental, en partie du à l'absence d'échelle précise.

©Emilie Bazus.

En outre les formes sont souvent soulignés de blanc indiquant l'irisation d'une lumière hors cadre sur un fond neutre, sombre et parfois terreux qui soulignent encore davantage l'architecture du tableau. Paradoxalement cette monumentalité n'annule pas une dynamique très puissante en raison d'une composition très étudiée où diagonales et verticales se contredisent en des mouvements croisés.









Un travail très prometteur à suivre de près.


MAC/Créteil : http://bit.ly/1zZQWtF
Galerie Laure Roynette : http://bit.ly/17ZN8C8
Site de l'artiste :  http://bit.ly/18ZXJOs



L'art en vue. Art sighting ! http://bit.ly/1DcH3zJ

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lundi 9 février 2015

Giulia Andreani | Mythes et histoire.

Giulia Andreani, grande et petite histoire passées au gris de Payne.


Une jeune artiste prometteuse qui travaille à partir de documents photographiques d'archive. Une filiation évidente avec la photographie objective issue de l'Académie des Beaux Arts de Düsseldorf, entre autres : Thomas Demand, mais aussi Thomas Ruff, Thomas Struth, voire Gerhard Richter dans ses séries sur  Ulrike Meinhof ou son fameux Atlas. Bien d'autres rapprochements pourraient être faits, mais c'est toujours un peu vain et ne retire rien à l'originalité de cet artiste, qui dans son approche picturalement décalée donne une touche de dérision réjouissante à la représentation des grandes icônes ou mythes populaires de l'histoire, la grande ou la petite.

Giulia Andreani | Un beau jour | 2013.
Giulia Andreani | Un beau jour | 2013.
Cet aspect délavé, obtenu par l'usage intensif du gris bleuté et chaud de Payne, souligne le travail du temps et la distance nécessaire à la relecture de l'histoire. Par ailleurs, les visages ou corps effacés et fantomatiques, mettent en évidence la part vaine et périlleuse pour les peuples des grands récits politico-historiques. Quant aux sourires figés, parfois de pure façade, ils octroient à ces représentations une banalité souvent inquiétantes et pleine d'ironie cruelle.

Giulia Andreani |les histoires d'amour finissent mal en général | 146x144cm | 2011.
Giulia Andreani |les histoires d'amour finissent mal en général | 146x144cm | 2011.
Le caractère critique de la peinture de Giulia Andreani semble toujours vouloir rendre justice aux anonymes qui ont été broyés et bernés par la grande imagerie cynique des dictateurs, mais aussi des discours normatifs et coercitifs à l'égard des femmes et de l'ensemble des minorités. Comme dans le tableau saisissant intitulé "Miss Europa", où l'une des "miss" gît au sol dans l'indifférence des autres compétitrices, ou encore l’effacement de certains visages.

Giulia Andreani | Miss Europa | 2014 | 200x145cm | Photo K Lau.
Giulia Andreani | Miss Europa | 2014 | 200x145cm | Photo K Lau.



Pour en savoir plus le blog de l'artiste : http://bit.ly/172pzZA


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